Thursday, February 05, 2009

music award show 2008

MES DISQUES PREFERES DE L'ANNEE 2008
Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band '13 Blues for 13 Moons'
des hectolitres de sang sans importance s'écoulant dans les caniveaux de la city. une vie passée à tuer dix heures par jour avec l’argent de riches héritiers. une moitié de vie à pourrir celle des autres. un joli job fort bien payé. un fiston dont papa et maman sont fiers. un homme dont la situation professionnelle en fait rêver plus d’un.

l’an dernier, à la même époque, j’écrivais « lorsqu’une minute de lucidité me berce, j’ai des envies de meurtres. j’aspire à me faire de l’actionnaire. » cette année, pendant un jour ou deux, je me suis dit que j’allais enfin assister à du grand spectacle. je pensais me poser en bas des immeubles de la city à londres, un des plus grands centres d'affaires du monde, et regarder nos ennemis palpeurs de fric ensanglanté se jeter par les fenêtres et s’écraser avec le blé de leurs clients tueurs d’enfants plein les bras. des trous dans la caboche. du sang de banquier sur l'asphalte.


quel naïf ! quel doux rêveur je fais ! pendant un jour ou deux, je pensais vraiment qu’on allait nous rejouer la comédie musicale à succès « Wall Street : 1929 ». une heure trente de grand spectacle et un final grandiose où l’un après l’autre, nos banquiers se défenestrent pour le plus grand plaisir d’un public applaudissant à tout rompre à chaque saut vers la mort.
certes, l’histoire selon laquelle une épidémie de suicides aurait fait suite au crash de 29 chez nos sangsues cravatées serait fausse. mais peu importe.
«Et même si ce n'est pas vrai, il faut croire en l’histoire ancienne. » Léo Ferré

il y a plusieurs raisons pour lesquelles Godspeed You Black Emperor! reste à ce jour mon groupe préféré. une d’entre elles est la manière dont le collectif canadien faisait de la politique au travers de leur musique. quel autre groupe que Godspeed You Black Emperor! a t'il réussi à sublimer le message politique à ce point ? comment une musique principalement instrumentale a t'elle pu éveiller ou insuffler une telle conscience politique chez certains de ses auditeurs ?

en concert, Godspeed You Black Emperor! étaient capable de terrasser (et j’utilise ce mot avec le plus grand soin) un public en moins de trente minutes. j’ai vu des gens s’écrouler sur leurs genoux à chacune de leurs prestations. en pleurs. dans des états que seule une grande œuvre d’art puisse vous mettre. mais j’ai déjà parlé de ces expériences.

les effets extraordinaires de leur musique sur le public étaient aussi dus aux mots absents qui la transperçaient et que beaucoup d’entres nous entendaient. des mots différents pour chacun. le tout abordant pléthores de sujets du plus personnel au plus universel. des appels à plus de beauté et de compassion pour soi-même et pour l’humanité. un message politique, donc.

les cyniques n’y ont toujours vu que l’appel d’une bande d’adolescents attardés ou d’un religieux gauchiste qui haranguerait ses ouialles de poncifs en tous genres.
en vérité, et cela dépasse de loin la position du groupe sur l’échiquier politique, la musique de Godspeed You Black Emperor! avait avant tout cette rare capacité à vous balancer des tonnes d’espoir en pleine gueule. un comble pour une musique que beaucoup qualifieraient d’extrêmement sombre.

c’était courageux de leur part de déverser tant d’énergie positive à nos pieds et c’était courageux de notre part de nous en emparer et de tenter d’en faire quelque chose de beau pour soi-même en espérant que cela rejaillisse sur d’autres.

la musique de Godspeed You Black Emperor! a changé ma vie. celle de A Siver Mt Zion, groupe constitué notamment de certains membres de Godspeed, continue son œuvre.

On silver mount zion
All buried in ruins
We was dancing the hora
Until we vomited blood
Spinning like crazy
Shoshana was jonesing
The towers had fallen
And the wind called out
My grandfather's name

Let's kill first the banker
With his professional demeanour
Let's televise and broadcast
The raping of kings
Let our crowds be fed on
Teargas and plate-glass
'Cause a people united
Is a wonderful thing

I know that you're dying
And i know i'm unwell
And together we sashay
Thru variations of hell

And as you walk through valleys of fear
The lure of my bed is ever near

Oh, don't be afraid, though the parade
Will not pass our way
It's nobler to never get paid
Than to bank on shit and dismay

Efrim Menuck - Paroles de Movie (Never Made), chanson extraite du premier album de A Silver Mt Zion,
He Has Left Us Alone But Shafts Of Light Sometimes Grace The Corners Of Our Room

je m’interrogeais lors de la sortie de leur album précédent sur la nécessité et l’intérêt que pouvaient avoir A Silver Mt. Zion, album après album, à nous cracher de plus en plus de mots à la figure; des mots qui sur 13 Blues For 13 Moons laissent peu de place à une lecture personnelle de l’œuvre tant ceux-ci sont clairement politiques.
ajoutons à cela une musique et une production qui n’ont ici jamais été aussi éloignées de celles des grands classiques post-rock et s’acoquinent avec une esthétique parfois moins sophistiquée.

avec chaque nouvel album, A Silver Mt. Zion perdent un peu plus de fans de la première heure et en gagnent de nouveaux ; plus jeunes et probablement moins réfractaires à une lecture sans compromis ni fioritures d’un monde accordant toujours plus d’importance à l’argent et toujours moins d’intérêt à l’homme.

on ne fait pas la révolution avec de vieux idéalistes déçus.



Natacha Atlas & the Mazeeka Ensemble 'Ana Hina'
en solo depuis plus de dix ans ou avec Transglobal Underground au début des années 90, Natacha Atlas m'a toujours emballée.
d'abord, voilà une chanteuse qui met ses talents au service d'un humanisme authentique et sincère. conjurer les peurs et faire tomber les barrières culturelles et religieuses dans lesquelles on nous enferme ou celles que nous érigeons afin de se protéger d'un ennemi que nous inventons le plus souvent semble être une vocation pour Natacha. ensuite, cette femme expire une grande liberté de ton et insuffle, à un moment de l'histoire où le repli identitaire fait des émules, un vent d'ouverture à l'autre bienfaisant.

musulmane, Natacha est née d'une mère anglaise convertie à l'islam et d'un père égyptien de descendance juive marocaine. avant de partir se balader de par le monde au sortir de l'adolescence, elle a grandi à bruxelles puis en angleterre. on comprend mieux l'art de Natacha, les paradoxes qui le cimente et certaines de ses déclarations dont un "je suis une bande de gaza humaine" à la lumière de sa biographie.

j'ai découvert les classiques de la musique arabe du début du siècle dernier au travers des frère et sœur Farid El Atrache et de la sublime Asmahan. depuis, j'ai toujours rêvé que Natacha s'attèle à l'élaboration d'un album acoustique et délivre des chansons ou des interprétations de classiques de la trempe de ceux que ses pairs ont pu sortir en leur temps.

débarrassée de son habituel quincaillerie
ethno-electro-trance-pop, la voix de Natacha n'a jamais autant brillé que sur cet Ana Hina d'une grande beauté. qu'il s'agisse de rendre hommage à des légendes de la musique arabe tels que Fairuz et Abdel Halim Hafez ou d'interpreter des chants traditionnels et des titres originaux écrits avec le compositeur anglais Harvey Brough ; qu'il s'agisse de délivrer une version magnifique de Black is the Colour (of my True Love's Hair) ou un duo avec la chanteuse espagnole Clara Sanabras, Atlas embrase chaque chanson d'une ferveur particulièrement touchante. le Mazeeka Ensemble, quant à lui, enveloppe et soutient la voix enjôleuse de notre citoyenne du monde avec beaucoup de grâce et de bonté.

Ana Hina veut dire "je suis ici". moi aussi, je suis ici, Natacha. et que celui qui veut nous envoyer ou renvoyer là-bas sache que l'on résistera ; que là-bas est toujours un mirage.



un des plus beaux concerts auquels j'ai assisté fut celui que Yann Tiersen donna au festival la route du rock à st malo en 2001. je me souviens très bien des innombrables étoiles filantes qui pendant tout le concert illuminèrent le ciel breton, au dessus de la scène. je me souviens aussi très bien des habituels alcoolos british qui m'accompagnaient cet été là et qui passèrent le concert étalés dans l'herbe pendant que seul et debout, juste à gauche de la table de mixage, j'étais envouté par ce qui sortait des enceintes.

trois ans plus tôt, Tiersen était aussi à l'affiche de la route du rock. ce soir là, il avait joué juste avant Portishead. une de mes plus belles soirées à la route du rock et une édition 1998 qui restera la plus mémorable de toutes les éditions auxquelles j'ai assisté.

mes années 1997 et 1998 auront été marquées par Le Phare de Yann Tiersen , la Fantaisie Militaire d'Alain Bashung, l'album éponyme de Portishead et le Ladies and Gentlemen We are Floating in Space d'un Spiritualized en pleine gloire. ces quatre groupes ou artistes sont revenus sur le devant de la scène en 2008 avec, là encore, de très beaux albums.

Yann Tiersen
a ainsi écrit derrière son piano la musique pour un documentaire sur le grand Tabarly. Jason Spaceman de Spiritualized est sorti d'une longue période pendant laquelle il est resté cloué sur un lit d'hôpital avec une voix qui a dû en voir des vertes et des pas mûres pour s'être autant abimée et un Songs in A & E à la fois intime et flamboyant. après deux albums particulièrement sombres sans être pour autant dénués de beaucoup d'espoir, Alain Bashung s'est rappelé à notre bon souvenir avec un Bleu Pétrole aux arrangements un tantinet plus lumineux et des chansons moins alambiquées.

et puis, il y a le cas Portishead. deux décennies ou presque après avoir défini un nouveau genre musical avec une poignée d'autres bristoliens dont Smith & Mighty, Massive Attack et Tricky, Portishead revenaient avec Third. huit ans séparent le précédent disque des précurseurs du trip-hop au petit nouveau et le moins que je puisse dire est que je m'attendais à tout sauf à cela.

c'est qu'il fallait oser. oser rappliquer tant d'années plus tard avec un album qui au fil de ses titres déballe un étendard d'une noirceur qui glace souvent le sang. oser la ramener avec un son qui n'a plus grand chose à voir avec celui pour lequel on est connu et reconnu. oser rentrouvrir la porte avec un disque qui, une fois encore, ne ressemble à aucun autre.

on est sacrément doué et culotté, du côté de portishead.
n'importe quel autre groupe nous aurait fait le coup d'une soupe trip-hop réchauffée sans intérêt afin de remplir le tiroir caisse. pas eux.
c'est ainsi qu'en plus d'être un album à la beauté décharnée, Third est un exemple d'intégrité artistique. chapeau bas.



Frànçois & The Atlas Mountains 'Brother'
puisque nous sommes à portishead, profitons-en pour aller rendre visite à Frànçois.
on ne sait pas trop ce qui a fait fuir Frànçois de sa france natale ou ce qui l'a poussé à traverser la manche pour s'installer chez nos amis anglais du côté de bristol. peut-être était-ce du à un état de grande tristesse ou de manque, voire même d'un certain désarroi. la mélancolie, l'envie de s'éclipser ou celle d'enrichir sa vie fait traverser les mers. et c'est bien ainsi.

Frànçois compose de la musique.
Frànçois écrit des textes. Frànçois fait des petits films d'animations sacrément bien fichus. Frànçois peint des aquarelles. Frànçois sort des disques en catimini comme ce Brother E.P. courageux et exalté. Frànçois se fait des copains et les invite à jouer au sein de ses Atlas Mountains. comme beaucoup de jeunes hommes, Frànçois s'occupe et sème des bouts de création qui sont autant de claques à la tronche de ce fichu temps qui passe. comme beaucoup de jeunes hommes sauf que Frànçois exprime ses amours et ses inquiétudes de façon bien plus viscérale que la plupart des autres jeunes hommes qui nous font partager leurs chansons. sauf que Frànçois est beaucoup plus doué que la plupart de ces autres jeunes gens.

je souhaite à
Frànçois de vivre et de créer encore longtemps dans un pays où le système en place ne passe pas son temps à saccager la différence dans l'œuf. un pays où le système en place ne passe pas son temps à dégainer son gros flingue suintant d'une histoire de france qui en devient lourdingue à force de nous obliger à la trainer dès l'école. loin d'un hexagone où le droit à insuffler un tant soit peu de légèreté dans le drame est une faute de goût notoire. le royaume-uni n'est certes pas la panacée. loin de là. mais la france est une vieille poule en fin de course qui n'intéresse plus grand monde. sauf de vieux anglais qui, la retraite venue, achètent un aller simple eurostar afin de venir roucouler dans ses entrailles. là même où créer et partager ses créations devient compliqué voir impossible tant le petit jeu de cases dans lesquelles on se doit de rentrer empêche toute fuite en avant et dérapages même contrôlés ; tant ce pays ne soutient plus ses enfants les plus méritants, originaux ou doués. après les vins de bordeaux et nos fromages, le déluge !



retour sur les chapeaux de roues pour les B-52s (qui ont laché l'apostrophe en cours de route) et que l'on avait perdu de vue depuis leur Good Stuff de 1992. on retrouve sur Funplex les voix imparables de Kate, Cindy et Fred, des paroles dont on se demande toujours si elles ne font référence qu'à des histoires de fesses (ça doit être mon esprit qui me joue des tours) et les compositions de Keith qui sont autant de coups de pieds au cul des jeunots de chez DFA, par exemple. car les premiers à avoir élaborer une lave en fusion new-wave punk dansante étaient les B-52's avec leur album éponyme datant de 1978 et contenant une brochette de hits dont Planet Claire et Rock Lobster. à une époque où les cocos de The Rapture jouaient du toy piano sur leur tas de sable au parc du coin.

~

ouf, on l'a échappé belle. le premier album des très jeunes anglais de These New Puritans a bien failli être la hype de l'année et passer pour ce qu'il n'est pas: un album à oublier dès l'an prochain.
recrutés par la maison dior homme au printemps dernier pour habiller le défilé automne-hiver 2007-2008, (
Navigate, Navigate, morceau de plus de douze minutes et déconstruction d'un Beat pas encore dans les bacs), These New Puritans ont peut-être frôlé une désintégration prématurée. on remercie donc le duo américain MGMT d'avoir eu une garde robe largement plus colorée, des minois enjôleurs et de prendre la place de nos talentueux britanniques au temple des one-hit wonder. allez, soyons genereux: two-hit wonder.

désintégration et déconstruction ; sentiment d'urgence, télescopage de styles et maelström de courtes phrases musicales très adroitement arrangés au sein même de chaque chanson et de mots répétés jusqu'à la nausée, Beat est un disque dont la production est tout bonnement sidérante de richesses et d'efficacité. c'est aussi un premier album ambitieux et bourré de tubes qui au fil des écoutes dévoile une moelle bien plus dense qu'il n'y parait et dont la hargne froide et désabusée, toute en retenue, fait penser aux joy division des débuts.
cette année, les Kids of america ont volé la vedette à Elvis et le titre de groupe indé 2008 à These New Puritans. l'histoire me donnera raison.

~

les Dodos, est un duo américain ayant enregistré Visiter dans l'Oregon, un des états les plus timbrés d'amérique du nord. je sais que les habitants de cet état sont timbrés car j'y ai séjourné il y a quelques années. passer du temps à portland et ses alentours, c'est un peu comme se mater un long épisode de Twin Peaks. c'est joli, il y a plein de forêts et de cours d'eau mais ça file les chocottes. de plus, lorsqu'on apprend que le nom de la capitale de l'oregon est salem, cela donne encore plus envie de prendre ses jambes à son cou et de filer direct dans un état voisin. washington, plus au nord, est à éviter absolument puisqu'il s'agit de la sœur siamoise de l'oregon. embarquez donc pour le sud et la californie où la population y est bien plus civilisée.

alors, les dodos. nos dodos (pas les gros oiseaux originaires de l'ile maurice dont l'espèce a disparue bien avant le réchauffement climatique dont on nous rabroue les oreilles) sont justement originaires de californie. ils s'inscrivent dans une lignée folk foldingue n'évitant pas la ponte de ritournelles et qui, contrairement à d'autres groupes du même acabit, ont su garder une véritable urgence dans l'interprétation.

~

on découvrira la musique et les textes de Psykick Lyrikah lorsque Bashung et Christophe seront morts ; lorsque les programmateurs musicaux et les faiseurs d'opinions seront moins obnubilés par les artistes du service gériatrie d'universal music dont certains découvrent les saveurs sur le tard. on ne sait rien faire d’autre qu’amende honorable, par ici. on reconnaitra le talent de Psykick Lyrikah lorsqu’une bande d’affamés fera exploser cet académisme purulent bien français qui laisse sur le bas côté ses enfants les plus valeureux.

Vu d'Ici, c'est avant tout des textes d'une beauté parfois saisissante délivrés par Arm, le rappeur et protagoniste du groupe. des textes qui pour la plupart offrent à l'auditeur ou au lecteur un vaste champs d'interprétations.
Vu d'Ici, c'est aussi une étreinte musicale originale entre rap, electro et riffs de guitares électriques souvent passés par des pédales d'effets tantôt âpres, incisives et mis en avant, tantôt discrètes. le tout donne aux chansons une atmosphère (shoegaze, anyone ?) du plus bel effet.
et puis, Vu d'Ici, c'est aussi un talentueux bras droit pour Arm (Olivier Mellano, guitariste extraordinaire! sur beaucoup des titres) et quelques intervenants passés virtuoses dans l'art de l'articulation des mots dont les gai lurons Dominique A et Iris.


J’aurai des vagues et des batailles
Comme orgueil
Quelques trésors dans les poches
Et de l’or dans l’œil

Vu d’Ici est un des disques les plus poignants sur lesquels je me suis fait les crocs cette année ; un album qui sous une épaisse couche de vernis noir cache un espoir douloureux.


Radiohead 'In Rainbows'
un autre groupe ayant marqué les années 90 et qui aura fait son grand retour en 2008 (j'avais trouvé Hail to the Thief, leur précédent album sorti en 2003, un peu poussif) est Radiohead.

In Rainbows s'est retrouvé dans la plupart des listes des meilleurs albums de 2007 parce que la version digitale de l'album est sorti en 2007. les formats CD et vinyle étant sortis début 2008, cet album se retrouve donc dans mon top 2008. il ne manquerait plus que les dates de sorties digitales fassent la loi chez le horla !

Radiohead. voilà des gars qui n'ont pas peur de se goinfrer de nouvelles technologies. et bien que Thom Yorke passe le plus clair de son temps à en fustiger les effets pervers, le groupe sait admirablement bien les utiliser. à des fins artistiques, bien sûr, mais aussi marketing depuis que leur contrat avec EMI n'a pas été renouvelé et qu'ils sont libres de vendre leur travail comme bon leur semble.
bienvenu dans la tête de Thom Yorke. un endroit où je ne voudrais pas vivre tant la schizophrénie doit y faire des grands huit.

au delà de la grande qualité des chansons qui composent In Rainbows, ce qui frappe le plus sur ce nouvel album, peut être encore davantage que sur la plupart de leurs disques précédents, est la modernité et l'intemporalité de leur travail. en effet, le quintet reprend là encore des codes qu'il utilise depuis longtemps déjà mais inscrit le tout dans un élan qui est en rupture avec non seulement ce qu'ils ont fait auparavant mais aussi ce qui s'est fait auparavant tout court.

voilà toute la force de Radiohead et des grands artistes. le temps n'a que très peu d'emprise sur leurs œuvres. ils peuvent donc continuer à s'inspirer de certains de leurs contemporains spécialisés dans une musique électronique moderne, l'utilisation intelligente et la manière dont le groupe incorpore ces données dans un schéma rock traditionnel en font une musique qui vieillit bien et qui garde tout son impact émotionnel. on ne peut pas en dire autant de certains de leurs collègues qui ne cultivent qu'une terre 100% électronique et dont les disques, si modernes soient-ils au moment de leur sortie, tournent mal moins de dix ans plus tard. et on ne peut bien évidemment pas en dire autant de ces pantins qui labourent les terres d'un rock purement traditionnel et dont la stérilité n'a d'égale que leur propension à me faire bailler aux corneilles.

maintenant, que l'on ne me parle pas de l'influence de plus en plus importante d'un certain jazz chez Radiohead ou je m'énerve.

In Rainbows = disque (avec une vrai pochette en carton même pas recyclé) de l'année 2008.



lorsqu'on ne sait plus où on en est et où l'on va, il parait qu'il faut regarder d'où l'on vient. maintenant, pour ceux qui ont peur de se confronter trop directement à un passé douloureux ou tellement trouble qu'on n'y voit que dalle, on peut aussi trouver l'inspiration nécessaire chez des musiciens qui cultivent, sous une forme ou sous une autre, l'art du travestissement et du cabaret ; l'art de faire imploser ses doutes et ses douleurs au contact d'une bonne couche de glam, de rêve, d'humour potache ou d'un changement radical. parfois radical au point de changer de sexe afin d'être enfin soi même.

alors, lorsque Baby Dee, icône transgenre américaine quinquagénaire aux parcours personnel et professionnel séditieux, sort un nouvel album avec le concours du jean claude brialy indé de service, j'ai nommé bonnie 'prince' billy, je réponds présent. les gens qui portent leurs pérégrinations sur la tronche et à bout de bras sont ceux qui m'ont toujours le plus interpellé.

sur Safe Inside the Day, on retrouve donc baby dee comme on l'aime en concert. derrière sa harpe ou son piano, elle transdence son histoire avec humour et authenticité. c'est ainsi que l'on navigue durant tout l'album entre des ballades qui se prennent parfois les pieds dans le tapis, des incursions au pays merveilleux du cabaret et des instrumentaux qui font la liaison entre les différentes facettes souvent empreint d'une grande poésie de la dame.

après I Am A Bird Now, un des plus beaux albums de cette décennie qui s'achève et qui fut aussi mon album de l'année 2005, Antony et ses fidèles Johnsons sont de retour avec un autre monde. un EP contenant notamment le titre Shake That Devil, cinq minutes salvatrices qui, comme beaucoup de chansons du vénérable Antony, est un véritable coup de pied au cul de l'adversité.

les thèmes abordés sur ce mini album sont, dans la forme en tout cas, moins clairement autobiographiques que sur les disques précédents.
la musique y est aussi plus légère et aérée. Another World est un avant goût de ce qui nous attend sur The Crying Light, le nouvel album d'une des voix les plus expressives de ce début de nouveau siècle et qui vient tout juste de sortir. Another World ou quand l'oiseau Antony prend son envol.

en général, même complètement bourré sur la piste de danse, le disco m'emmerde au bout de cinq minutes. bon, je ne crache jamais sur un bon Abba, hein ! mais point trop n'en faut.
alors, si on m'avait dit un jour qu'un album de disco finirait dans ma liste d'albums préféres de l'année, j'aurais fait un petit pas de danse groovy tout en vous rigolant au nez.

c'est dingue, la vie. je n'en avais jamais rêvé et cependant, Hercules & Love Affair l'a fait. quel talent !
d'ailleurs, foi de last.fm (pour les nuls au fond près du radiateur, last.fm est un logiciel qui enregistre tout ce que l'on écoute à partir de notre ordinateur, mp3 player etc...) la chanson que j'ai le plus joué en 2008 est Blind, un titre de nos Hercules avec un certain Antony au chant.
c'est ainsi que sur une rythmique disco du diable et une trompette ensorceleuse, Antony nous raconte que 'as a child i knew that the stars could only get brighter / that we could get closer / leaving this darkness behind'.

Blind = chanson de l'année 2008. et le reste de l'album est à l'avenant.

moins dansant mais tout aussi envoutant, les deux EP de Final Fantasy. deux disques de plus à mettre au tableau du violoniste-auteur-compositeur-interprète-arrangeur extraordinaire Owen Pallett.
le premier, Spectrum, 14th Century affiche dix-sept minutes au compteur seulement. dix-sept minutes que l'on passe à l'intérieur d'un avion de tourisme à faire de joyeux loopings au-dessus d'une forêt dont s'échappent des paroles particulièrement sombres. Owen excelle au petit jeu des histoires tragiques qui passées au travers de ses cordes vocales et de ses compositions en deviendraient presque légères si on n'y prenait pas garde.

et comme on n'y prend pas garde, on passe un quart d'heure à survoler des villages secrets habités par de gentils oiseaux et autres insectes dont le chant constitue le fond sonore de ce Spectrum. des animaux qui finissent par danser au rythme de compositions dont seul maitre Pallett, aidé à leur mise en forme par quelques membres échappés de Beirut (le groupe), a le secret.
dix-sept trop courtes minutes à croquer des paysages aux arrangements riches mais jamais grandiloquents.
tout aussi réussi, le Plays to Please EP qui tend vers un univers plus cabaret.



Sun Kil Moon 'April'
l'histoire retiendra que Ivo Watts-Russell, fondateur et patron d'
un des labels les plus influents de l'histoire de la musique indépendante du siècle dernier, aura décidé de sortir le premier disque de parfaits inconnus sous la forme d'un album constitué de demos à peine remixés. c'est dire le talent d'écriture du jeune Mark Kozelek et la qualité du travail de ses partenaires au sein de Red House Painters, un des derniers groupes phares signés par Watts-Russell avant que celui-ci ne vende 4AD à Beggars Group à la fin des années 90.

"i have all these memories, i don't know what for / i have them and i can't help it / some overflow and spill like waves / some i will harbour / for all of my days" chante Mark sur like a river, un des quelques titres de ce mois d'April mélancolique sur lesquelles le Jean-Claude Brialy indé de service (encore lui), pose sa voix.

moi aussi, j'ai tout un tas de souvenirs dont l'utilité m'échappe. parfois, ils semblent n'être bons qu'à me faire passer d'un état de tristesse bienfaisant à celui de désœuvrement dans lequel je ne trouve, bien évidemment, aucun salut. chez moi aussi, certaines pensées anciennes débordent et se répandent telles des vagues. le plus souvent, elles m'empoisonnent tant l'ensemble de leurs arêtes me fait dire que le présent n'est décidément pas une valeur refuge.

il est facile de vouer un culte au spleen dont baudelaire faisait ses choux gras lorsque l'on est adolescent ; lorsque l'on a pas suffisamment vécu pour que de la poitrine confortable et rassurante de la mère mélancolie surgisse parfois un monstre de nostalgie. alors, comment avancer lorsque cette dernière s'incruste dans nos pensées et que le présent se fait râle ? n'y a t'il d'autre refuge que l'enfantement ; d'autre repaire éternel et sécurisant que les mamelles ?

lorsque l'on sait la vitesse à laquelle un état mélancolique peut se faire dévorer par une véritable souffrance causée par le regret, il est étonnant de constater que Kozelek s'abime de plus en plus rarement au contact d'états nostalgiques. en effet, ces derniers finissent souvent par disparaitre ; par laisser place nette. alors, on célèbre le retour de la tristesse généreuse soignant chacun de nos maux. là se trouve probablement la beauté singulière des grands albums de Red House Painters et de Sun Kil Moon, dont cet April contenant quelques uns des plus beaux titres écrits par le garçon.




après avoir sorti en 2002 un très bon Title TK dans une indifférence quasi générale, Kim Deal et ses éleveurs étaient de retour avec Mountain Battles. un nouvel album réussi, enregistré une fois encore à Chicago par l'indéboulonnable Steve Albini et qui, faute de gros hit à la Cannonball, sera passé inaperçu. dommage.

autre retour sans tambour ni trompette, celui de The Mabuses qui regagnent leur titre de rois de la pop anglaise. une couronne largement méritée tant les chansons qui composent ce Mabused! sont d'une grande richesse.

révélation 2008 du horla en plus de These New Puritans: Misophone avec un Be Glad You Are Only Human presque aussi fort que l'album précédent, Where has it Gone, all the Beautiful Music of our Grandparents? It Died with Them, That's Where It Went...
encré dans le folklore balkanique, la musique de ces deux anglais mystérieux a le dont de me filer les chocottes et de m'obséder à la fois. c'est comme si je me retrouvais enfant dans une immense fête foraine entouré d'une ribambelle de fantômes qui me fixaient du regard et que j'étais seul à voir.
bande son idéal pour le Freaks de Tod Browning.

après avoir sorti moultes bandes originales de films souvent rébarbatives et insipides, Craig Armstrong m'a surpris avec Memory Takes My Hand. composé d'un concerto pour violon, d'une première pièce pour orchestre et d'une seconde pour soprano solo, chœur et orchestre, Armstrong se débarrasse ici des tics et autres grosses ficèles souvent liés aux musiques de films et propose une musique classique contemporaine de belle fracture. un album dont l'interprétation des musiciens qui y prennent part est franchement enivrante.


Matt Elliott 'Howling Songs'
et on finit avec Matt Elliott, mon gai luron de service préféré. en voilà un qui aura fait le chemin inverse de Frànçois. en effet, Elliott a quitté Bristol et son Angleterre natale il y a quelques année déjà pour venir s'installer en France puis disparaitre en Espagne dès que M. Sarkozy a été élu président de la république.

Drinking Songs, Failing Songs et maintenant Howling Songs. tout un programme qui me rappelle le Boire, Baiser et A Prendre de Miossec. aucun rapport dans le fond mais puisque Miossec m'est venu à l'esprit et que cela m'amuse...

Matt Elliott est un jeune homme en colère. ça tombe bien, moi aussi. d'ailleurs, en colère, je le suis de plus en plus.

à l'âge de 16 ans, on me disait que l'adolescence derrière moi, j'arrêterais de porter le deuil continuellement. vingt ans plus tard, je ne porte toujours que cela. du noir. j'ai beau regarder autour de moi avec attention, je ne vois vraiment pas ce qui me ferait acheter des fringues de couleur.
à 16 ans toujours, le monde me gonflait. une situation pas très originale pour un adolescent, j'en conviens.
la plupart des gens que je côtoyais à l'époque pataugeaient dans les mêmes réflexions que celles qui m'accaparaient. bon, à vrai dire, je ne me mêlais pas beaucoup aux autres. trop cons, les autres. j'ajoute qu'ils me le rendaient bien et qu'avant d'arriver au lycée je comptais mes amis sur deux doigts.

bref, n'ayant jamais eu de boutons sur la gueule et ne m'étant jamais trouvé moche, je dépensais mon énergie adolescente en considérations moins égotistes que beaucoup de mes petits camarades. à ce titre, je me souviens d'un questionnaire sur lequel notre prof de français, une chieuse avec du fond de teint mal étalé plein la gueule et qui nous gonflait avec ses poèmes pornos, nous demandait ce qu'on voulait faire plus tard. j'avais écrit 'psychologue pour prisonniers'. imagine le pauvre mec. le loser dans toute sa splendeur.

de cette préparation à la vie active, on passe quelques années plus tard aux méthodes bestiales de recrutement et aux petites annonces des ressources humaines de nos entreprises. lesquelles ne m'ont jamais fait autant rigoler ou pleurer (c'est selon) qu'en ce début de nouveau siècle.
un exemple parmi tant d'autres: à présent, ce que recherchent les sociétés, ce sont des commerciaux ayant un "esprit chasseur". impossible de consulter les offres d'emplois sur les sites de recrutement sans tomber sur cette expression qui résume à elle seule l'état pitoyable de nos relations humaines au travail.

c'est la guerre ! bientôt, on ne parlera plus de concurrents mais d'ennemis à abattre. finit le costume cravate. tous en treillis ! et ça a intérêt de flinguer à tout va et d'atteindre les objectifs mensuels du nombre de tués dans le camp adverse fixé par les actionnaires et le patron ou c'est la porte direct, soldat !
que l'on ne s'étonne pas le jour ou un chômeur désespéré se rammènera à un entretien d'embauche, un fusil sous le manteau, et butera le directeur des ressources humaines et la moitié de l'open space.


sur cette page, des images du soulèvement populaire en grèce fin 2008 soulignent toute la douleur, la révolte et l'espoir qui anime Matt Elliott. Matt a déclaré trouver certaines de ces photos "merveilleuses". pour ma part, certaines d'entre elles m'ont ému aux larmes.

c'est dans notre système économique capitaliste qui se sert de vous, de moi et de nos enfants comme chair à canon que nous finirons bien par mettre une
putain de balle.

moschoula 092

LES CONCERTS MARQUANTS DE 2008
THEO HAKOLA – paris, divan du monde – 09 février
VIC CHESNUTT & BAND feat. Members of Fugazi & A Silver Mt. Zion – le havre, cabaret electric – 16 février
DIAMANDA GALAS – paris, cité de la musique - 15 avril
SIGUR ROS - arras, grand' place – 06 juillet
RADIOHEAD – arras, grand' place – 06 juillet
LES FRAGMENTS DE LA NUIT - paris, 7ème ciel - 19 juillet
TOM WAITS - paris, le grand rex - 24 juillet
AND ALSO THE TREES – paris, 7ème ciel – 22 septembre