JOSH T. PEARSON Last Of The Country Gentlemen
Si jeune et déjà si amoché. Il n'est pas
aisé de rentrer dans la vie de certaines gens tant la nature de leurs histoires
est parfois douloureuse. Compassion pour quoi faire ? Je souffre, tu souffres, nous
souffrons. Si écrire, enregistrer et partager des chansons aux propos autobiographiques
peut être une activité cathartique pour l'artiste, quid pour l'auditeur ? Est-on
jamais mieux accompagné que par un autre homme esquinté ? Toujours est-il que
Last Of The Country Gentlemen, premier album solo de Josh T. Pearson, nous
emmène dans les entrailles de son maitre. Sous les textes travaillés avec
minutie afin d'en faire sortir le jus purificateur, se cache une volée de
bois vert. Point de fioritures. Même dessein pour la musique. On tente de pardonner
mais on n'y parvient pas. On voudrait racheter ses péchés, voire ceux de l'autre.
Mais est-on prêt à mourir ? Entre oublie et pardon, choisis ton camp, camarade.
SNOWMAN Absence
Quitte à faire dans le revival 80ies qui n'en finit plus, autant y aller franco. Troisième (et dernier) album pour la quatuor australien, Absence est la perle noire qu'il sera bon de se mettre entre les écoutilles le 21 décembre 2012. Absence, ou la quintessence de ce que la scène gothique et industrielle a offert de plus sombre et de plus beau au siècle dernier. Une musique de fin du monde. Cela fait du bien de se sentir accompagné.
Quitte à faire dans le revival 80ies qui n'en finit plus, autant y aller franco. Troisième (et dernier) album pour la quatuor australien, Absence est la perle noire qu'il sera bon de se mettre entre les écoutilles le 21 décembre 2012. Absence, ou la quintessence de ce que la scène gothique et industrielle a offert de plus sombre et de plus beau au siècle dernier. Une musique de fin du monde. Cela fait du bien de se sentir accompagné.
A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN A Winged Victory For The Sullen
Après l'apocalypse, la rédemption.
L'humanité n'allait tout de même pas se tirer un coup dans le pied pour rien. Pas
idiot, l'être humain. Un passé et un futur. Toujours ! Alors, ne l'emmerdez pas
avec la fin de votre monde. Cessez donc de le brusquer avec votre réchauffement
climatique, la dette imaginaire de vos Etats laissée à votre marmaille ou votre
prochain président de la République aux ordres d'une sphère tuméfiée qui n'en
finit plus de s'ébrouer dans son inhumanité. Tiens, commencez par m'aimer. Là,
aujourd'hui et maintenant. Aimez, nom d'une pipe ! Je vous aime bien, moi. Ecoutez
A Winged Victory For The Sullen dans vos
chaumières, tard le soir, prêt de l'âtre. Aimez avant qu'il ne soit trop tard.
PETE ASTOR Songbox
J'aime beaucoup les films d'horreurs avec
plein de revenants dedans, quand ça sort des caveaux familiaux et que c'est
prêt à en découdre avec les vivants ; quand ça déambule dans les grandes maisons bourgeoises la
veille de Noël ou dans les hypermarchés. Le revenant a laissé ses couleurs de
grand malade derrière lui. Il se présente tel qu'il est : un amas d'os avec un
peu de chair rougeâtre suintante qui pendouille ici et là et des fringues en
lambeaux. Un bon revenant a tout compris. Il conchie la consommation et sur ses
souvenirs. Il marche lentement. Il est sincère dans sa nudité. Il a faim plus
que jamais. Et il ne recule devant rien. Revenir sur des lieux en voie de
disparition alors qu'on a bien d'autres chats à fouetter montre une démarche volontaire
et parfois salutaire. Les revenants sont des gens vraiment très bien.
BABY DEE Regifted Light
The Pie Song = chanson de l'année ! Hymne
au sexe, satyre du surconsommateur ou déclaration d'amour à la tarte de tante
Simone ? En tout cas, Baby Dee a le chic pour pondre des chansons très drôles. Cela
dit, ils serait fort dommage de cantonner la dame à ce rôle d'artiste de
music-hall underground qui fait rigoler la galerie. Dee est une grande entertainer,
certes. Mais elle a surtout l'assurance et le talent de ceux qui vous font
passer du rire aux larmes en un claquement de touche de piano. Baby Dee ou la
femme à mille facettes ; grand-mère idéale, haute en couleurs, pendant féminin
d'un Tom Waits. Une vie cabossée au service de la création. Si Regifted Light
est le disque qui synthétise le mieux toutes les richesses de Dee, il est aussi
un des plus beaux de son long et tempétueux chemin.
TIAGO SOUSA Walden Pond's Monk
Il se passe des trucs au sud des Pyrénées,
on a pas idée. Prenons le compositeur portugais Tiago Sousa et son Walden
Pond's Monk en quatre mouvements pour piano. En une petite trentaine de
minutes, Tiago vous embarque pour un voyage où le désir d'espoir s'ébat peu à
peu avec une tension sous-jacente et une noirceur de plus en plus palpable. Le
piano s'efface alors et laisse d'autres sources et instruments faire le
chaotique travail de réflexion. S'en suit un retour au piano, et donc à
l'idéal, qui ne parviendra pas à dissoudre complètement les effluves acres et salaces du long
désordre.
Inspiré par la vie et l'œuvre d'Henry
David Thoreau, Walden Pond's Monk montre que le venin n'est pas dans le camp
des indignés (dont on a tant parlé cette année) mais bel et bien du côté des
actionnaires et de leurs marionnettes désarticulés, se pavanant au FMI, à l'Elysée
ou ailleurs, et qui jouent avec la soubrette, ou à la soubrette, le soir venu. Et
si nos politiciens s'attelaient à inventer un autre monde, plus équitable,
avant que le peuple ne le fasse dans le sang ou que le fascisme fasse à nouveau
une entrée fracassante ? Il n'est plus temps de ménager la chèvre et le chou. Faire
couler pour de bon notre navire en perdition, fliqué par un système économique néolibéral
qui devient franchement insoutenable, voilà qui aurait probablement parlé à
Thoreau. Mourir pour revenir. En plus beau. En plus humain. En attendant, de
l'autre côté des Pyrénées, de jeunes artistes créent et donc, résistent.
ERICA BUETTNER True Love And Water
Mourir pour revenir. En plus beau. C'est
possible. Erica Buettner en sait quelque chose. L'exilée américaine est morte à
Paris après y avoir vécue pendant près de quatre ans. Depuis peu, elle revit au
Portugal et nous envoie ce True Love And Water de toute grâce. Après le revival
folk féminin, souvent de bien piètre qualité, dont on nous a abreuvé ces
dernières années, il est bon de trouver réconfort dans la découverte d'une
pépite. La voix et les chansons de Buettner sont d'une sensibilité et d'une
beauté franchement enivrantes. Se perdre dans Erica et mourir.
GUSGUS Arabian Horse
Et comme tout devrait toujours se
terminer non pas en chanson mais sur la piste de danse, prenons la route pour
GusGusland. Une des toutes dernières signatures du patron de 4AD, Ivo
Watts-Russel, avant qu'il ne vende le navire, ce collectif islandais a
beaucoup fait parler de lui à l'époque. Créateurs d'une dance music inédite,
mixant le chaud et le froid comme aucun autre, GusGus à fait danser les
festivaliers de la fin des années 90 jusqu'à point d'heure, la tête dans les
étoiles et la main dans le soutien-gorge de sa voisine ou sur le cul de son voisin. Pour les plus chanceux, les deux à la fois. Puis, après
d'importants changements dans la structure du collectif, la musique de
GusGus a pris un tournant beaucoup plus techno. Mais tout cela, c'était
avant le retour de Daniel Ágúst, chanteur en chef dans les premières incarnations
du groupe, depuis quelques années. Ainsi, Arabian Horse renoue avec le son chaleureux, terriblement
addictif et soul des débuts des islandais. Fêtons donc la fin de 2011 en
prenant des poses lascives et en se trémoussant sur le son de GusGus. D'autant qu'il se peut que ce soit notre dernier 1er janvier. Foi d'Inca.







