Saturday, December 31, 2011

music award show 2011

JOSH T. PEARSON Last Of The Country Gentlemen

Si jeune et déjà si amoché. Il n'est pas aisé de rentrer dans la vie de certaines gens tant la nature de leurs histoires est parfois douloureuse. Compassion pour quoi faire ? Je souffre, tu souffres, nous souffrons. Si écrire, enregistrer et partager des chansons aux propos autobiographiques peut être une activité cathartique pour l'artiste, quid pour l'auditeur ? Est-on jamais mieux accompagné que par un autre homme esquinté ? Toujours est-il que Last Of The Country Gentlemen, premier album solo de Josh T. Pearson, nous emmène dans les entrailles de son maitre. Sous les textes travaillés avec minutie afin d'en faire sortir le jus purificateur, se cache une volée de bois vert. Point de fioritures. Même dessein pour la musique. On tente de pardonner mais on n'y parvient pas. On voudrait racheter ses péchés, voire ceux de l'autre. Mais est-on prêt à mourir ? Entre oublie et pardon, choisis ton camp, camarade.
SNOWMAN Absence

Quitte à faire dans le revival 80ies qui n'en finit plus, autant y aller franco. Troisième (et dernier) album pour la quatuor australien, Absence est la perle noire qu'il sera bon de se mettre entre les écoutilles le 21 décembre 2012. Absence, ou la quintessence de ce que la scène gothique et industrielle a offert de plus sombre et de plus beau au siècle dernier. Une musique de fin du monde. Cela fait du bien de se sentir accompagné.
A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN A Winged Victory For The Sullen

Après l'apocalypse, la rédemption. L'humanité n'allait tout de même pas se tirer un coup dans le pied pour rien. Pas idiot, l'être humain. Un passé et un futur. Toujours ! Alors, ne l'emmerdez pas avec la fin de votre monde. Cessez donc de le brusquer avec votre réchauffement climatique, la dette imaginaire de vos Etats laissée à votre marmaille ou votre prochain président de la République aux ordres d'une sphère tuméfiée qui n'en finit plus de s'ébrouer dans son inhumanité. Tiens, commencez par m'aimer. Là, aujourd'hui et maintenant. Aimez, nom d'une pipe ! Je vous aime bien, moi. Ecoutez  A Winged Victory For The Sullen dans vos chaumières, tard le soir, prêt de l'âtre. Aimez avant qu'il ne soit trop tard.
 
PETE ASTOR Songbox

J'aime beaucoup les films d'horreurs avec plein de revenants dedans, quand ça sort des caveaux familiaux et que c'est prêt à en découdre avec les vivants ; quand ça déambule dans les grandes maisons bourgeoises la veille de Noël ou dans les hypermarchés. Le revenant a laissé ses couleurs de grand malade derrière lui. Il se présente tel qu'il est : un amas d'os avec un peu de chair rougeâtre suintante qui pendouille ici et là et des fringues en lambeaux. Un bon revenant a tout compris. Il conchie la consommation et sur ses souvenirs. Il marche lentement. Il est sincère dans sa nudité. Il a faim plus que jamais. Et il ne recule devant rien. Revenir sur des lieux en voie de disparition alors qu'on a bien d'autres chats à fouetter montre une démarche volontaire et parfois salutaire. Les revenants sont des gens vraiment très bien.
 
BABY DEE Regifted Light

The Pie Song = chanson de l'année ! Hymne au sexe, satyre du surconsommateur ou déclaration d'amour à la tarte de tante Simone ? En tout cas, Baby Dee a le chic pour pondre des chansons très drôles. Cela dit, ils serait fort dommage de cantonner la dame à ce rôle d'artiste de music-hall underground qui fait rigoler la galerie. Dee est une grande entertainer, certes. Mais elle a surtout l'assurance et le talent de ceux qui vous font passer du rire aux larmes en un claquement de touche de piano. Baby Dee ou la femme à mille facettes ; grand-mère idéale, haute en couleurs, pendant féminin d'un Tom Waits. Une vie cabossée au service de la création. Si Regifted Light est le disque qui synthétise le mieux toutes les richesses de Dee, il est aussi un des plus beaux de son long et tempétueux chemin.
 
TIAGO SOUSA Walden Pond's Monk

Il se passe des trucs au sud des Pyrénées, on a pas idée. Prenons le compositeur portugais Tiago Sousa et son Walden Pond's Monk en quatre mouvements pour piano. En une petite trentaine de minutes, Tiago vous embarque pour un voyage où le désir d'espoir s'ébat peu à peu avec une tension sous-jacente et une noirceur de plus en plus palpable. Le piano s'efface alors et laisse d'autres sources et instruments faire le chaotique travail de réflexion. S'en suit un retour au piano, et donc à l'idéal, qui ne parviendra pas à dissoudre complètement les effluves acres et salaces du long désordre.
Inspiré par la vie et l'œuvre d'Henry David Thoreau, Walden Pond's Monk montre que le venin n'est pas dans le camp des indignés (dont on a tant parlé cette année) mais bel et bien du côté des actionnaires et de leurs marionnettes désarticulés, se pavanant au FMI, à l'Elysée ou ailleurs, et qui jouent avec la soubrette, ou à la soubrette, le soir venu. Et si nos politiciens s'attelaient à inventer un autre monde, plus équitable, avant que le peuple ne le fasse dans le sang ou que le fascisme fasse à nouveau une entrée fracassante ? Il n'est plus temps de ménager la chèvre et le chou. Faire couler pour de bon notre navire en perdition, fliqué par un système économique néolibéral qui devient franchement insoutenable, voilà qui aurait probablement parlé à Thoreau. Mourir pour revenir. En plus beau. En plus humain. En attendant, de l'autre côté des Pyrénées, de jeunes artistes créent et donc, résistent.
 
ERICA BUETTNER True Love And Water

Mourir pour revenir. En plus beau. C'est possible. Erica Buettner en sait quelque chose. L'exilée américaine est morte à Paris après y avoir vécue pendant près de quatre ans. Depuis peu, elle revit au Portugal et nous envoie ce True Love And Water de toute grâce. Après le revival folk féminin, souvent de bien piètre qualité, dont on nous a abreuvé ces dernières années, il est bon de trouver réconfort dans la découverte d'une pépite. La voix et les chansons de Buettner sont d'une sensibilité et d'une beauté franchement enivrantes. Se perdre dans Erica et mourir.
 
GUSGUS Arabian Horse

Et comme tout devrait toujours se terminer non pas en chanson mais sur la piste de danse, prenons la route pour GusGusland. Une des toutes dernières signatures du patron de 4AD, Ivo Watts-Russel, avant qu'il ne vende le navire, ce collectif islandais a beaucoup fait parler de lui à l'époque. Créateurs d'une dance music inédite, mixant le chaud et le froid comme aucun autre, GusGus à fait danser les festivaliers de la fin des années 90 jusqu'à point d'heure, la tête dans les étoiles et la main dans le soutien-gorge de sa voisine ou sur le cul de son voisin. Pour les plus chanceux, les deux à la fois. Puis, après d'importants changements dans la structure du collectif, la musique de GusGus a pris un tournant beaucoup plus techno. Mais tout cela, c'était avant le retour de Daniel Ágúst, chanteur en chef dans les premières incarnations du groupe, depuis quelques années. Ainsi, Arabian Horse renoue avec le son chaleureux, terriblement addictif et soul des débuts des islandais. Fêtons donc la fin de 2011 en prenant des poses lascives et en se trémoussant sur le son de GusGus. D'autant qu'il se peut que ce soit notre dernier 1er janvier. Foi d'Inca.